Article mis à jour en octobre 2026.
La fin des cookies tiers a occupé le monde du marketing digital pendant plus de cinq ans. Elle ne date pas d’hier : dès le début des années 2010, Firefox et Safari ont commencé à bloquer ces cookies pour protéger la vie privée de leurs utilisateurs. Puis Google a annoncé vouloir faire de même sur Chrome… avant de faire machine arrière.
Aujourd’hui, le dossier est clos côté Chrome : les cookies tiers restent, et la Privacy Sandbox censée les remplacer a été abandonnée. Est-ce que ça veut dire qu’on peut oublier le sujet ? Pas vraiment. Voici ce qu’est un cookie tiers, la chronologie complète des décisions de Google, et ce que ça change (ou pas) pour votre tracking.
Qu’est-ce qu’un cookie tiers ou third party ?
Les cookies tiers (aussi appelés cookies third party) sont des cookies déposés par un domaine différent de celui du site visité (par exemple google quand vous êtes sur mondomaine.com), se distinguant donc d’un cookie first party.
Ils servent au navigateur à stocker un identifiant ou une information qui sera envoyée avec la requête à chaque fois qu’un utilisateur se rend sur un site contenant une balise Meta Ads ou Google Ads par exemple. Cela permet à la plateforme publicitaire ou à tout autre outil d’identifier que l’utilisateur est le même d’un site à un autre.
L’intérêt des cookies tiers est simple : comprendre quelles sont les habitudes de consommation d’un persona pour créer des audiences ensuite.
Par exemple : un utilisateur se rend sur le site de l'Équipe, de So Foot et de l’Université d’Angers. La plateforme publicitaire va pouvoir conclure que les étudiants à l’Université sont amateurs de sport. Elle va donc créer des audiences et paramétrer son algorithme pour permettre à un journal sportif de proposer un abonnement dédié aux universitaires.
Leur utilité est double :
- Pour retargeter une audience existante, afin de la faire passer à l’achat lors d’une période de vente privée par exemple ;
- Pour faire de l’acquisition froide basée sur une audience qui sera potentiellement intéressée par un produit et/ou un service.
La différence entre cookies tiers et cookies first
Les cookies first-party sont créés et gérés par le domaine que l'utilisateur visite. Par exemple, si vous visitez le site trackanalyse.com, seuls les cookies placés par trackanalyse.com sont considérés comme des cookies first-party.
Contrairement aux cookies tiers, qui sont générés et utilisés par des domaines externes au site visité, les cookies first-party sont généralement considérés comme plus sécurisés et moins intrusifs en termes de confidentialité des données. Ils ne permettent en revanche de suivre que ce qui se passe sur votre propre site.
| Cookies first-party | Cookies tiers ou third-party | |
|---|---|---|
| Création | Créés et gérés par le domaine que l'utilisateur visite directement. | Créés par des tiers, souvent via des contenus d’autres annonceurs ou de sociétés d’analytics. |
| Gestion de la confidentialité | Considérés comme plus sécurisés et moins intrusifs. | Suivi du comportement des utilisateurs à travers plusieurs sites. |
| Utilisation principale | Suivre les interactions sur le site propre, comme les conversions, les ajouts au panier… | Suivre les habitudes des utilisateurs à travers différents sites pour la publicité ciblée et le retargeting. |
| Exemple de suivi | Balise Google Ads, Conversion Linker, etc., spécifiques au site. | Suivi de l’utilisateur à travers différents sites via un identifiant. |
| Impact sans utilisation | Affecte principalement les fonctionnalités et l'analyse internes. | Réduit la capacité des plateformes publicitaires à suivre les utilisateurs d'un site à un autre. |
Chrome et les cookies tiers : la chronologie complète
2019-2024 : la promesse de la Privacy Sandbox
En 2019, Google lance la Privacy Sandbox, un ensemble de technologies censées remplacer les cookies tiers tout en permettant la publicité ciblée. La suppression des cookies tiers dans Chrome est annoncée, puis repoussée plusieurs fois. Seule étape réellement déployée : en janvier 2024, Chrome bloque les cookies tiers pour 1 % de ses utilisateurs.
Juillet 2024 : le premier revirement
Le 22 juillet 2024, Google renonce à supprimer les cookies tiers et annonce à la place un mécanisme de choix pour l’utilisateur.
Avril 2025 : pas de suppression, pas de nouvelle fenêtre de choix
En avril 2025, Google va plus loin : Chrome conserve son fonctionnement actuel. Les cookies tiers restent activés par défaut, gérés depuis les paramètres de confidentialité existants, sans nouvelle fenêtre de choix.
Octobre 2025 : la fin de la Privacy Sandbox
En octobre 2025, Google annonce l’abandon de la plupart des technologies de la Privacy Sandbox (Topics, Protected Audience, Attribution Reporting…), faute d’adoption suffisante. Ces API sont progressivement retirées de Chrome. Seules quelques briques techniques sont conservées.
En résumé : en 2026, les cookies tiers fonctionnent toujours sur Chrome en navigation classique, et la Privacy Sandbox n’existe plus.
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Les autres navigateurs les bloquent toujours
Safari, Firefox et Brave bloquent les cookies tiers par défaut depuis des années. Et Safari va beaucoup plus loin : l’ITP limite aussi la durée de vie des cookies first-party déposés en JavaScript, et Safari 27 bloque désormais certaines connexions vers des services publicitaires au niveau du réseau. J’ai retracé cette évolution dans cet article sur les restrictions de tracking imposées par Apple. Sur mobile en France, la part de Safari suffit à rendre le sujet incontournable.
Le consentement reste obligatoire
La décision de Google ne change rien au droit européen. Les cookies publicitaires, tiers ou first-party, nécessitent toujours le consentement de l’utilisateur via une CMP. Et une partie importante des visiteurs refuse.
Les bloqueurs de publicité n’ont pas disparu
Une part croissante des internautes utilise un bloqueur, qui empêche purement et simplement le chargement des pixels. Cookies tiers ou pas, ces données-là sont perdues en tracking client-side.
Comment construire une collecte durable ?
La fin annoncée des cookies tiers a au moins eu un mérite : pousser les annonceurs à moins dépendre du navigateur. Ces solutions restent les bonnes, avec ou sans cookies tiers sur Chrome.
Le suivi avancé des conversions
L’envoi de données utilisateur hachées (email, téléphone), avec le consentement de l’utilisateur, permet aux plateformes publicitaires de relier une conversion à un compte, sans dépendre d’un cookie. C’est le principe des conversions avancées de Google et de la correspondance avancée de Meta.
Pour en profiter, il faut recueillir des données consenties : création de compte client, commande, inscription à une newsletter, téléchargement d’un contenu, réponse à une enquête…
Deux avantages par rapport aux cookies :
- Le suivi multi-appareils : un même utilisateur peut être reconnu sur son iPhone et son ordinateur.
- La durée : une adresse email se conserve des années, un cookie quelques jours sur Safari.
Attention : avec Safari 27, mieux vaut transmettre ces données depuis votre serveur plutôt que depuis le navigateur.
Le tracking server-side
Le tracking server-side n’est pas une réponse directe aux cookies tiers, mais il répond à tout le reste : contournement des bloqueurs, cookies écrits par le serveur et donc conservés plus longtemps sur Safari, contrôle des données envoyées, et envoi des conversions via les API des plateformes (Conversion API de Meta, conversions avancées Google Ads…).
Le marketing de contenu et la donnée first-party
Pour récolter des données first-party, il faut aussi donner aux utilisateurs une raison de venir et de s’identifier : contenus de qualité, newsletter, réseaux sociaux, vidéo, lead magnets… C’est un travail de fond qui ne dépend d’aucun navigateur.
Notre avis
Le rebondissement de Chrome est une bonne nouvelle à court terme pour la publicité ciblée. Mais il ne doit pas faire oublier l’essentiel : une part importante de vos visiteurs refuse les cookies, utilise un bloqueur ou navigue sur Safari. Pour eux, les cookies tiers n’existent déjà plus, et les cookies first-party côté navigateur sont très limités.
La stratégie gagnante reste donc la même : un consentement propre, des données first-party, un tracking server-side et des conversions envoyées directement aux plateformes.
La fin de la Privacy Sandbox signifie-t-elle la fin de la nécessité d’une CMP ?
Absolument pas. Le recueil du consentement via une Consent Management Platform reste obligatoire au titre du RGPD et de la directive ePrivacy, pour les cookies tiers comme pour les cookies first-party publicitaires.
Pourquoi Google a-t-il renoncé ?
Google invoque une adoption trop faible des technologies de la Privacy Sandbox et des retours mitigés de l’écosystème publicitaire, dans un contexte de forte pression réglementaire. La publicité étant au cœur de son modèle économique, l’équation entre vie privée et ciblage s’est révélée difficile à résoudre.
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